Quel sens donner à cette ouverture ?
D’abord que Bernard Kouchner, dont la popularité est depuis toujours sous exploitée par ses amis socialistes, a vu, à 67 ans, une occasion unique de briguer un poste gouvernemental important.
Ce « débauchage » a soulevé bien des exaspérations au Parti Socialiste. Cela serait de nature, parait il, à laminer la gauche aux législatives. Et pourtant, la large score du 2ème tour, n’assurait-il pas une victoire massive de la majorité présidentielle lors de ces élections ? Evidemment. Il n’y a qu’à prendre en considération l’exemple de 2002, où les législatives post présidentielle avaient donné une majorité écrasante à l’UMP de Jacques Chirac. Alors qu’on aurait pu penser, à l’époque, que les conditions étaient propices à une revanche de la gauche. Non, les chances de voir une cohabitation dans cette configuration quinquennale, avec cette proximité des échéances, sont quasi nulles.
Alors pourquoi Nicolas Sarkozy s’est il embarrassé à choisir dans son gouvernement des personnalités de gauche en lieu et place de certains des ses amis les plus fidèles ? Tout simplement pour tenter de porter le coup de grâce à François Bayrou. En consentant cette ouverture, il lui a subtilisé adroitement son principal thème de campagne, celui de faire travailler ensemble des personnalités venant de bords politiques différents. Dans quelques temps, il aura beau jeu, aux premières tensions, de se séparer de ces ministres intrus. On en tirera alors la conclusion qui s’impose. Faire travailler des gens de tout bord politique, c’est une belle idée mais cela ne marche pas.
Tout le fond de commerce de François Bayou s’écroulera alors et Nicolas Sarkozy, enfin débarrassé d’un parti centriste récalcitrant, pourra à loisir s’amuser des tergiversations et luttes de clan qui se profilent chez ce qu’on pourrait bientôt appeler « la gauche la plus bête du monde ».